EmbrunMan, le récit
EMBRUNMAN, le 15 Aout 2008
EMBRUNMAN, le 15 Août 2008
5h59 : nous y voila, après 11 mois d’entrainement, 1600 km en courant, 160 en nageant, et 7200 en vélo, il va être temps de se jeter à l’eau pour une longue journée. Pas vraiment besoin d’échauffement pour la natation, vu qu’un bel orage déverse des trombes d’eau depuis 4h du mat’, et a transformé le parc à vélo en pédiluve…mouillé pour mouillé, j’attends le top départ au son des spectateurs qui frappent dans les mains. Pas vraiment à cran en fait, d’habitude j’ai les tripes qui font des nœuds mais là, pas vraiment. C’est comme le saut en parachute, j’imagine : c’est au second saut qu’on a les jetons.
6h00 : c’est parti. L’eau est plutôt chaude, mais nager dans le noir, avec tout un tas d’autres pingouins qui te tapent dessus, force est de constater que je n’y arrive pas. J’ai des bouffées d’angoisses dès que je mets la tête dans l’eau, ce qui me stresse encore plus. Je bois deux ou trois fois la tasse, histoire que l’angoisse soit totale. Bref, jusqu’à la première bouée, c’est brasse, même pas coulée, et je me dis que je vais mettre 2 heures pour sortir de l’eau… ça commence mal ! 2eme bouée, il commence à y avoir un peu de lumière, et le peloton s’est effilé. Le souffle redevient régulier, j’essaye un peu le crawl, et miracle, ça remarche, et plutôt mieux que d’habitude en fait. J’ai même l’impression que je double des gars tout au long des 3400 mètres qui restent, et le moral revient. Tout va bien jusqu’à 100 mètres du but, où une petite crampe aux ischios me fait perdre quelques secondes, rien de bien grave. Sortie en 1H10, je suis plutôt content en fait, même si j’ai dû perdre un paquet de temps au début.
655e sur 1027, meilleur classement natation jusque là, et pas trop déglingué pour la suite.
T1 : ma chaise est située au milieu d’une mare de flotte, la serviette est mouillée, il pleut… Pas facile dans ces conditions d’enfiler des trucs en lycra, je perds encore un temps fou avec la caisse qui tombe dans l’eau, et je finis pas enfiler les chaussettes DANS l’eau. 9’54 plus tard, c’est parti pour les 188 bornes de vélo.
7H20 : le parcours commence par une bonne grimpette d’une dizaine de km, avec de bons pourcentages par endroit. J’avais reconnu la veille cette portion, et je démarre plutôt cool pour cet échauffement. Je vois déjà des gars à la peine dès que la route s’élève, je me dis que la journée va être longue pour ceux là. La pluie s’est arrêtée, il fait juste frais, pas de vent : impeccable pour le vélo. Sans appuyer trop fort, je double gentiment tout au long de la partie « presque » plate qui va jusqu’à Guillestre, puis les gorges du Guil, enfin le début du col de l’Izoard. Jusque là, j’ai 4 ou 5 km d’avance sur mon horaire « 7H30 de vélo », et tout va bien.
Je monte « tranquille » l’izoard ( 34*25 quand même, tout le temps ! ), pas bien vite certes ( après Brunissard, le compteur dépassera rarement les 10 km/h, mais bon, pour beaucoup d’autres ce sera 8, alors j’en double pas mal).
11h48 : Ravito en haut du Col. 2 pains au lait jambon, 1 gourde d’isostar, un coup d’œil au paysage, 6 minutes d’arret, je referme la veste, et j’attaque un peu avant midi la descente.
A priori, 13H pour mon premier EmbrunMan est super jouable, j’ai fait le plus dur, et même pas mal. Trop cool l’EmbrunMan !!!
12H04 : quelques gouttes dans la descente, pas grave
12H05 : elle fait mal au visage, la pluie. Sur ma veste, des grelons de 5mm. CQFD.
12H06 : je suis trempé jusqu’à l’os. Les fringues étaient prévues pour pluie fine ou intermittente, pas des seaux d’eau ! Pour le coup je suis frigorifié, impossible de dépasser 30 kmh ( peux pas freiner ! et puis ca glisse). J’arrive à Briançon sous des trombes d’eau, et sur 3 cm de flotte au sol, c’est plus drôle du tout ! Les doigts congelés aussi, évidemment, et il reste 75 bornes environs. Triathlon plaisir ??? Pas vraiment, à ce moment là. Adios les objectifs chronos, les calculs de moyenne et les plans de route ; un seul objectif, rentrer vivant au parc à vélo. Pallon, ses 2km a 11% se passeront bien ( pas vite, mais au moins ça réchauffe), enfin Embrun en vue, et la dernière boucle avec la côte de Chalvet. Déjà, il a arrêté de pleuvoir, ce qui n’est pas plus mal en vue du marathon qui reste. Mais cette côte ! Interminable quand on est déjà entamé, si près du but et pourtant on a l’impression qu’il reste encore et encore 1 km à grimper. Tous les 200 mètres je demande au public combien il reste avant le sommet, et invariablement la réponse est « 500 mètres » !. Si un jour vous faites Embrun, n’oubliez pas de garder beaucoup de jus pour celle là, qui m’a semblé 10 fois plus dure que l’Izoard.
Enfin le parc à vélo..après 8h sur le bike et 200 places de remontées (seulement grrrr !)
J’aurai mis 4H30 pour les 100 premier km jusqu'à l’Izoard, plutot bien pour moi.
Et 3H20 pour faire 90km en descente. 27 à l’heure avec un dénivellé de -1500m. Bon, si on enlève 50 minutes pour les 8 km de Pallon+chalvet, ca fait 33km/h pour 82 km et un d-2000 !!! Au bas mot, 20 à 30 minutes de perdues, et adios les 13H.
15H20 : arrivée au parc à vélo, toujours a moitié congelé. 15 minutes pour me changer ( pas facile sans les doigts, et les pieds dans 5 cm d’eau). Je n’ai plus qu’une idée : en terminer au plus vite de ce triathlon de **##GGRRR !!! Sauf que au plus vite… ce sera pas avant au moins 4 heures.
15H35 : 1er ravito ( après 50 mèetres ). Thé chaud, abricots, 1 minute pour se réchauffer un peu, et c’est parti pour 42 bornes. Miracle du sport, les jambes marchent toutes seules, douleur zéro, juste le cœur qui bat un peu vite. Seul problème : les ravitaillements tous les 2 kilomètres, bonne excuse pour s’arrêter tout le temps, et je ne m’en priverai pas, hop un abricot, hop un peu de coca, hop un peu d’isostar. Après coup, j’ai l’impression d’avoir fait un marathon accoudé au zinc ! Entre deux arrêts, je cours tranquille à 11 km/h, sauf…. quand ça monte. Y’a pas de plat dans ce pays ???? 500M de D+ sur le marathon à mon polar, avec 2 fois deux sérieuses côtes… Il se mérite, le Tee Shirt finisher… c’est ce que je me dis pendant ces 4 heures de footing. C’est pas particulièrement dur, mais c’est longuet. Heureusement, c’est un peu ma spécialité, les fins de parcours : je « ramasse » au fil des kilos des concurrents pas vraiment à la dérive, mais un peu émoussés après 11 ou 12 heures de galère. Pour le moral, c’est impeccable (les seuls qui m’ont doublé avaient déjà 1 tour ( la bagatelle de 2 heures…) d’avance, alors pas grave).
19h38 : arrivée au stand, fini, finito, il a fallut sprinter pour gagner une misérable place, mais le boulot est fait ! Je suis « Finisher » !
19h39 (et après !) Debriefing :
Est-ce que l’Embrunman est super dur ? En fait pas tant que ça, puisque j’ai fini à peu près lucide, et je pouvais encore marcher. Moins que les 100KM de Millau en tout cas ( ça défonce moins les guiboles). Du fait de la diversité des « épreuves » , le temps passe assez vite ( en découpant le tout en étapes, et en s’alimentant correctement, ça passe). Bon, 99% du boulot se fait avant, en préparant le jour J correctement, et une fois sur place, y’a plus qu’a. C’est sûr aussi que j’ai fait le marathon un peu en dedans, et que si je n’avais pas perdu autant de temps dans la 2eme partie du vélo et à T2, et que je puisse accrocher 13h à l’arrivée, j’aurais pu finir dépouillé correctement, donc tout est relatif.
Je ne suis pas trop content de la place ( 392eme sur 1027)…Encore une fois, SI je nageais un peu mieux (-5 minutes), avec un T1 correct (-5 minutes), et un peu plus d’intensité au début du vélo ( -5 minutes), je passais avant l’orage, et de facto je finissais sous les 13 heures tranquille (ou à peu près, qui sait). GRrrrrr
Les points positifs : 10/10 pour l’organisation ( ravitos, ambiance, sécurité etc, exceptionnel), 12/10 au moins pour les bénévoles ( EXTRAORDINAIRES, TOUS !!!) , 10/10 pour le public (incroyable, partout, tout le temps : GENIAL), 10/10 pour le parcours super beau ( sauf Chalvet ! trop dur), 10/10 pour la température du lac, 10/10 pour le château de picomtal où j’ai passé 3 nuits ( blanches ou presque… mais bon, ça fait partie de l’épreuve de ne pas dormir à J-1( trop stressé), à J ( pas le temps, faut se lever a 3H), et a J+1 ( trop excité, et trop mal aux jambes)).
Les points négatifs : 0/10 pour la grêle et le froid. 180 abandons sur le vélo, 6 sur la CAP !!! Fallait vraiment vouloir le Tee shirt (le polo mauve en fait) pour continuer. 0/10 pour la montée de Chalvet à 8km/h (décidemment, elle m’a marqué celle là).
Voila, une bonne chose de faite ! Reste à travailler un peu les transitions ( et la natation, et la vitesse de base, et tant qu’on y est les côtes en vélo) avant les échéances de 2009…
Laurent










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